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"Inventaire avant disparition" 2016

dimanche 10 avril 2016, par La cavale

“Inventaire avant disparition” moyen métrage documentaire , 55 minutes, HD, 2016.

Bénéficiaire de la contribution financière : aide avant réalisation du CNC
Coproduction : LES FILMS HATARI, BIP TV, VOSGES TELEVISION

moyen-métrage documentaire de 54 minutes

Un perchoir d’écrivain au bord de la Seine.
André Bay, son propriétaire, éditeur mythique des éditions Stock, vient de mourir.
Béatrice, sa compagne, trie et met en cartons 30 ans de sa vie, tandis que Didier, le fils d’André, entasse les tableaux de son père pour les embarquer à la déchetterie.
Les herbes sauvages envahissent le jardin.

Mois du film documentaire, 2017, Festival des films, des auteurs, Guebwiller, 2017, Etoile de la SCAM 2018.

André Bay, éditeur et écrivain, a laissé derrière lui une maison qui célèbre la littérature.
Elle fut celle de sa mère Camille et de son beau-père, l’écrivain Jacques Chardonne qui la fit construire dans les années 30.
Editeur mythique, André Bay a fondé la bibliothèque Cosmopolite chez Stock consacrée aux romanciers étrangers, parmi lesquels beaucoup de femmes : Anaïs Nin, Virginia Woolf, Karen Blixen, Carson McCullers.
Cet angliciste était aussi un traducteur de haut vol. C’est lui qui, le premier, avait traduit « Tendre est la nuit » de Francis Scott Fitzgerald. On lui doit également des versions françaises de Mark Twain ou Robert Louis Stevenson.
André est mort en janvier 2013 à l’âge de 93 ans.
Béatrice, sa compagne, ne s’étant jamais mariée avec lui, ne fait pas partie des héritiers directs. Elle s’apprête donc à quitter ce lieu où elle a vécu 30 ans. Il lui reste néanmoins dix-huit mois pour profiter encore de « La Frette ». (C’est ainsi qu’André avait prévu les choses dans son testament.) Car la maison va être vendue, aucun des trois enfants d’André ne souhaitant ou n’ayant les moyens de la conserver ou de l’acheter.
Débarrasser la maison, c’est raviver des souvenirs et solder ses comptes avec ses proches. Une expérience douloureuse. Il a fallu passer d’abord par les pompes funèbres, le notaire, le testament. Et, maintenant : vider la maison. Enlever de la vie. « On dirait que la vie de la maison résiste : plus on range, plus on supprime, plus on jette, plus les livres, encore là, semblent présents... »
Seul un des enfants vient à la maison : Didier. Les deux autres téléphonent, prennent des nouvelles, mais restent hors champs. Didier agit comme « une vraie tornade ». Il jette toutes les toiles d’André. Pas de sentiments. Il faut tout enlever. Dans quelques mois, on lui demandera de payer les frais de succession. Donc il jette : photos, négatifs, souvenirs, lettres, vêtements de son père, comme on liquide, comme on tue.
La violence de cet acte – jeter - sidère Béatrice.
Mois après mois, la maison change de visage. Lentement, tout ce qu’a édifié André disparaît. Béatrice suit ces métamorphoses, en souffre, mais commence à faire des cartons qu’elle emmène en voiture dans la maison de ses parents, à Domme en Dordogne ou qu’elle compte s’installer.
Que va-t-il rester d’André une fois la maison vidée ? Est-il condamné à disparaître ?
Ce que je veux explorer avec ce film, c’est le processus de disparition d’André.
A travers sa mort (l’enterrement, le formalités), mais aussi sa vie (sa relation avec Béatrice, avec son beau-père Chardonne, avec la littérature), je vais chercher ce qu’il restera de lui. Ce qu’il pensait qu’il resterait de lui, ce que ses proches veulent garder de lui, ce qui restera...
Ce que je veux explorer c’est la disparition concrète/physique d’André : sa mort, l’enterrement, les formalités, la vente de la maison, des livres, l’effacement de toutes ses traces matérielles jusqu’à ses vêtements, puis sa renaissance à travers différents lieux dans lesquels une partie de lui-même va être déposée.
Mais au delà de la disparition de ses traces physiques, je veux explorer aussi ce que fut sa vie, sa relation avec Béatrice, avec son beau-père Chardonne, et avec la littérature. En bref, les traces qu’il va laisser. Comment parler de la vie d’André, alors qu’il est mort ? Comment vais-je donner à André une sorte d’autre vie ? Quelle sera la nature de cette autre vie ?